MICRO-ORGANISMES EN 7 QUESTIONS

Les bactéries sont partout, la peau en est recouverte, la salive saturée (108/millilitre de salive), il y a 10 fois plus de bactéries dans notre corps que de cellules humaines. On en retrouve dans les nuages, au fond des océans, il y en a même dans les glaces polaires et dans le sable… Micro-organismes Le poids total des bactéries sur terre est plus important que celui de tous les autres organismes terrestres réunis (y compris les végétaux) ! Alors dans les engrais, les bactéries sont là aussi, forcément ! Du coup, il ne suffit pas de dire qu’il y a des «bactéries» dans un engrais, ça on s’en doute !! Certaines sont bénéfiques pour l’homme, l’animal ou la plante, les inoculer peut s’avérer bénéfique. D’autres sont des agents pathogènes donc peuvent être dangereuses.

Avant d’acheter, il vaut mieux se renseigner…

Voici les 7 questions indispensables

à poser avant d’acheter !

1. Quel micro-organisme ?
Chaque micro-organisme est caractérisé par son genre, son espèce et sa souche.

  • Lactobacillus, Bacillus, Pseudomonas, Trichoderma, Gliocladium, Glomussont des genres de micro-organismes.
  • Au sein du même genre Bacillus, on trouve différentes espèces comme: Bacillus cereus, Bacillus subtilis, Bacillus amyloliquefaciens, Bacillus thuringiensis,
  • Enfin une même espèce est constituée d’une multitude de souches toutes différentes. Par exemple, IT45, DC-4, RC-2, GA1, … sont différentes souches de la même espèce amyloliquefaciens du genre Bacillus. Chaque souche a un profil toxicologique et ecotoxicologique, des propriétés et une efficacité qui leurs sont propres. Au sein du genre/espèce Fusarium oxysporum beaucoup de souches sont des agents pathogènes des cultures alors que l’une d’entre elles Fusarium oxysporum FO47 n’a jusqu’à présent pas montré de toxicité envers les plantes et peut être même utilisée comme agent de biocontrôle.

A retenir: Un micro-organisme doit être désigné par son genre son espèce et sa souche. Exemple, le micro-organisme Bacillus amyloliquefaciens IT45. L’efficacité et l’innocuité d’un micro-organisme sont spécifiques à sa souche. La différence génétique entre deux souches de la même espèce peut être plus grande qu’entre le chimpanzé et l’homme.

Si vous décelez une efficacité sur un produit, vous ne pourrez pas la reproduire avec autre micro-organisme de la même espèce. Un Trichoderma harzianum ne remplace pas un autre Trichoderma harzianum! Le fabricant a le devoir de mettre sur le marché la souche pour laquelle il a eu une homologation, en d’autres termes la souche pour laquelle il a démontré qualité, efficacité et non toxicité. Le nom de la souche est un élément d’étiquetage obligatoire

2. Combien sont actifs dans le produit ?
On ne mesure pas la concentration des micro-organismes en g/kg ni en kg/tonne mais en UFC/g (Unités Formant Colonies/gramme de produit brut). Les UFC (ou CFU en anglais) définissent le nombre de bactéries ou champignons viables et capables de se multiplier pour former des colonies. Sur le marché, les produits sont plus ou moins concentrés. Un produit X composé d’une bactérie (genre/espèce/souche) à une concentration de 109 UFC/g sera 1000 fois plus concentré qu’un produit Y dont la concentration est de 106 UFC/g. Même si vous payez 10 fois moins le produit Y, vous achetez 100 fois moins de bactéries, donc payez 100 fois plus cher la bactérie!! Pour vous donner un ordre de grandeur, une population bactérienne à une concentration de 106 UFC/g dans un produit peut être considérée comme un contaminant, c’est à dire très faible. Un produit sérieux composé de micro-organismes possédera le plus souvent une concentration en milliards d’UFC/g (109) pour les bactéries. Cette information doit être aussi présente sur l’étiquette.
3. Combien de temps je peux le conserver ?
Ce sont des êtres vivants qui sont plus ou moins sensibles à leur environnement (température, pression, pression osmotique, humidité, …). Les champignons filamenteux comme les Trichoderma sp. ou les bactéries du genre Pseudomonas sp. sont relativement fragiles et il est difficile de les conserver longtemps, surtout en présence d’humidité. D’autres bactéries peuvent former des spores ce qui leur permet de résister naturellement beaucoup plus que les autres. Cependant, cette résistance varie selon les souches et le mode de production. Renseignez-vous auprès du fournisseur sur la sensibilité au stockage du micro-organisme en question (genre, espèce, souche). Les conditions de conservation sont également un élément d’étiquetage obligatoire.
4. Quand l'utiliser et comment ?
De son application dépendra son efficacité. Quelle dose ? Quel stade de croissance (à l’implantation ou à la floraison) ? Quelle période ? Des conditions humides et une températures douce (ni trop froide ni trop chaude) sont généralement les plus favorables mais peuvent être différentes d’un micro-organisme à un autre. Comment l’appliquer et avec quel équipement ? Dans la zone proche des racines, sur les semences, en pulvérisation foliaire, … ? Combien d’applications seront nécessaires ? Certains micro-organismes peuvent se fixer sur la plante comme les Rhizobium sp. ou les mycorhizes, d’autres ont une durée de vie limitée dans le sol et sont rapidement concurrencés par les micro-organismes indigènes ce qui demande de renouveler l’application régulièrement. Toutes les précisions sur les doses et conditions d’emploi doivent figurer sur l’étiquette  
5. Quelle(s) propriété(s) ?
Ce qui fait l’efficacité d’un micro-organisme, c’est un ensemble de propriétés et modes d’action : stimulation de la croissance racinaire, capacité à augmenter la biodisponibilité du fer et d’autres cations, solubilisation du phosphore, oxydation du soufre, capacité à occuper l’espace rapidement et à s’adapter à différents milieux… En d’autres termes il ne suffit pas d’avoir le meilleur micro-organisme pour une caractéristique donnée mais un micro-organisme équilibré et stable, efficace pour plusieurs fonctions. Pour imager le coureur de 100 m est un bon athlète mais il ne sera pas forcément le meilleur pour remporter un décathlon. Le micro-organisme parfait, multitâche, qui fait tout bien y compris tomber la pluie n’a malheureusement toujours pas été mis en trouvé! Les micro-organismes sont généralement assez spécifiques et c’est leur complémentarité qui est importante. Deux exemples : «Mon micro-organisme permet de minéraliser les matières organiques» Non. Une souche de micro-organisme seule ne suffit pas à dégrader totalement les matières organiques. Différentes souches de micro-organismes sont en effet nécessaires pour la minéralisation des matières organiques, certaines d’entre-elles dégraderont la cellulose, d’autres les différents sucres, … D’une manière générale les champignons, les actinomycètes puis les bactéries se relayent pour dégrader les matières organiques (il y a entre 7000 et plus de 30 000 souches différentes de micro-organisme dans un gramme de sol!!). «Ma bactérie produit des auxines» 80% des PGPR (Plant Growth Promoting Rhizobacteria ou rhizobactéries stimulatrices de la croissance des plantes) produisent des hormones végétales connues pour stimuler la croissance racinaire (comme les auxines). Reste à savoir en quelle quantité, quelles hormones, et en quelle proportion par rapport aux autres? En effet, selon la quantité ou l’équilibre entre les hormones, cela peut stimuler ou inhiber la croissance de la plante. 
6. Quel est le fabriquant ?
Produire un micro-organisme caractérisé, sans contaminant, stable, homogène d’une production à l’autre, bien formulé est un véritable métier!! La qualité du produit (absence de contaminant, homogénéité, stabilité) et son efficacité nécessite la maîtrise d’un process de fermentation puis de formulation. C’est un métier pointu avec des équipements spécifiques mais également un savoir-faire humain basé sur l’expérience de multiplier des êtres vivants. Et c’est une information qui doit apparaître sur l’étiquette. 
7. Dispose-t-il d'une Autorisation de Mise sur le Marché ou Homologation ?
Il n’y a pas le choix aujourd’hui pour la mise sur le marché de préparations microbiennes. L’Autorisation de Mise en Marché est la règle, sans exception. En d’autres termes, aucun Règlement Européen (Engrais CE) ou Norme Française (NF U) ne permet seul de mettre un micro-organisme sur le marché. L’ANSES (l’Agence Nationale de la Sécurité de l’Environnement) évalue les dossiers de demande de mise sur le marché d’intrants en Agriculture. Suite à cette évaluation elle émet un avis (favorable ou défavorable) pour sa mise sur le marché. Et depuis le 1er juillet 2015, l’ANSES a aussi pour mission la décision pour l’acceptation de cette mise sur le marché (avant entre les mains du ministère de l’Agriculture) L’ANSES évalue, avec les éléments qui lui ont été fournis, la maîtrise de la production du microorganisme, les paramètres qualité (concentration, l’absence de contaminant, stabilité…), l’innocuité du microorganisme (études toxicologiques et éco-toxicologiques) et enfin les effets agronomiques revendiqués. Généralement les décisions suivent les avis à quelques exceptions…. Il arrive aussi très rarement que le produit ait une APV (Autorisation Provisoire de Vente). Dans ce cas le fabricant n’a pas totalement démontré l’efficacité de son produit et/ou qu’il maîtrisait totalement sa production. Le numéro d’AMM ou d’HOMOLOGATION doit être indiqué sur l’étiquette. 

Votre vendeur est capable de répondre à ces questions !

Il connaît bien son métier: faîtes-lui confiance !